"Bas et rond" vs "classique"

Traduction d'après un extrait de " ride horses with awareness and feel " de Tineke, Joep Bartels et Imke Schellekens Bartels.

 

Par le passé, la compétition équestre était principalement le fait de militaires athlétiques. A notre époque, de plus en plus de femmes montent à cheval. La femme à certes en général moins de puissance musculaire que l'homme, mais elle le compense par plus de tact.

C'est la raison pour laquelle de nombreuses femmes telles que Nicole Uphoff, Margit Otto Crépin, Isabell Werth... ont employé avec succès une mérhode d'entrainement basée sur une position de tête plus basse à l'entrainement.

Quoi qu'il ait été écrit et dit sur cette forme d'entrainement, nous croyons que leurs chevaux sont des athlètes heureux.

" Légèreté " est le mot qui nous vient à l'esprit quand nous voyons leurs chevaux en concours.Il peut être interessant de regarder de manière plus approfondie les détails de cette méthode.

Si l'on n'est pas fort, il faut être intelligent, et ce n'estpas par erreur que ces cavalières et leurs chevaux ont dominé le dressage international. Nous n'adhérons pas au proverbe " tout était tellement mieux avant ! " , les films des différentes époques confortenet cette opinion.

 

Entrainer un puissant animal de fuite à devenir un athlète encore plus puissant et à travailler avec vous, pas contre vous, est un sacré travail. C'est non seulement difficile, mais aussi parfois dangereux. Ces cavalières ont réussi à créer de merveilleux partenariats avec leurs chevaux. Alors, pourquoi utilisent- elles une position de tête basse et ronde à l'entrainement ? .......

La science à l'appui de bas et rond

La plupart des cavaliers expérimentés se sont rendus compte qu'ils peuvent mieux s'asseoir sur un cheval qui a abaissé sa tête que sur un cheval qui garde sa tête haute. Pourquoi ? Attardons nous un peu sur l'anatomie. Auparavant, les gens de cheval avaient une compréhension de sa biomécanique différente de celle que nous avons aujourd'hui. Par exemple, ils considéraient le dos du cheval comme une structure peu flexible reposant sur 4 piliers. Plus récemment, des scientifiques ont remis en cause cette façon de voir les choses, et ont commencé à comparer la structure du cheval à un pont suspendu, le dos du cheval " pendant " au contraire entre les 4 piliers. Les muscles abdominaux du cheval et les muscles situés sous l'axe longitudinal de la colonne vertébrale ( psoas mineur et iliopsoas ) assurent la liaison entre ces " piliers " et jouent un rôle essentiel dans l'équilibre de base du cheval. Ces muscles évitent que le dos du cheval ne " tombe ". Mais quand les muscles abdominaux s'affaiblissent, par exemple quand une poulinière a donné naissance à plusieurs poulains, il n'est pas exceptionnel de voir son dos s'affaisser. Le poids du cavalier assis sur le dos du cheval peut avoir le même effet. Un dos affaissé ne peut pas se " balancer " facilement, et les muscles du dos ne peuvent être efficacement déveleppés à partir de cette position.

Le Dr René Van Weeren de l'université d'Utrecht a publié des données sur l'influence de la position de la tête du cheval sur le mécanisme de son dos.

L'abaissement de la tête relève la colonne vertébrale et arque le dos. D'après van Weeren et la physiothérapeute Solange Schrijer " le rôle du groupe musculaire abdominal est clair, il s'agit d'un des mécanismes qui - toujours en combinaison avec la musculature sub lombaire - tend l'arc et soulève le dos. A l'inverse, une position haute de la tête et le relèvement de l'encolure ont l'effet opposé : le dos est "étiré " et la colonne vertébrale prend ainsi une position creusée.

Par expérience, beaucoup de bons cavaliers savent déjà qu'une tête basse est la base de l'équitation à l'entrainement. Afin d'être surs qu'un cheval utilise correctement les muscles de son dos, presque tous les grands entraineurs font s'étirer leurs chevaux vers l'avant et le bas à certains moments.

Travailler votre cheval en alternant une attitude plus basse ( étirement ) avec une attitude plus raccourcie a une influence positive sur le mécanisme de " l'arc et la corde " et maintient la flexibilité du dos.Celà a également pour effet de ramener les postérieurs plus en dessous du corps.

Un projet de recherche a été conduit à Uppsala, Utrecht et Zurich ( van Weeren, Meyer, Roepstorff, Weishaupt ) sur les effets du travail dans une attitude basse et ronde. Cette étude a clairement montré que cette attitude contribuait à apporter des mouvements plus élastiques ( Une gamme positive de mouvements ) .

Cette méthode de travail contribue non seulement à améliorer les résultats des chevaux de sport en compétition, mais elle permet également d'éviter des blessures et peut soigner certains problèmes chez les chevaux. En médecine humaine, il est bien connu que le traitement physique des problèmes de dos implique le renforcement du dos et des muscles abdominaux.

Les effets positifs des étirements sur l'équilibre de base du cheval ont récemment été décrits par le professeur H. Clayton et N. Stubs dans un guide pratique très intéressant . Leur livre s'appelle " activate your horse's core " Sport horse publications 2008

Il y a aussi un effet psychologique positif dans le fait de monter avec une position de tête basse, ce que de nombreux cavaliers ont ressenti : le cheval est plus détendu et est capable de mieux se concentrer sur le cavalier. On a besoin de moins de force pour le contrôler. Ceci pourrait être une des raisons pour lesquelles tant de cavalières à succès utilisent cette méthode.

Malheureusement, il n'existe pas encore beaucoup de recherches disponibles sur l'effet psychologique du " bas et rond " sur le cheval. Marianne Sloet de la faculté de médecine vétérinaire  de l'université d'Utrecht a tiré des conclusions positives de ses recherches menées avec des étudiants vétérinaires sur les effets de la position " basse et ronde " .

A Maastricht, une étude sur le stress ( méthode de l'intervalle entre les battements du coeur ), menée par le physiologiste E. van Breda a démontré que des chevaux de dressage de haut niveau entrainés de la sorte ne présentent pas plus de stress que des chevaux d'école ordinaires.

Le sujet n'est pas épuisé et c'est une bonne chose. cependant, il faut garder à l'esprit que la science ne peut pas apporter de réponses à toutes nos questions. Chaque méthode d'équitation peut réussir ou échouer en fonction de l'application qui en est faite, application qui nécessite une large dose de " tact " équestre, et le " tact " est difficile à traduire en termes scientifiques et encore plus à mesurer.

Heureusement le dressage classique nous a donné une bonne façon de vérifier si le cheval se porte tout seul : quand un cavalier rend se rênes pendant au moins deux foulées, le cheval devrait garder, tout seul, la même position de tête, et le même tempo. S'il modifie la position de sa tête ou sa vitesse, c'est qu'il n'est pas en équilibre.

Les conditions de l'équitation basse et ronde

 

Il est important de prendre en compte les principes de base suivants quand on utilise cette méthode :


- 1 -  Il faut du temps avant d'arriver à cette attitude basse, le cheval doit y être habitué progressivement

- 2 -  Il ne faut pas raccourcir trop tôt l'encolure du cheval, mais plutôt commencer par monter l'encolure étendue vers l'avant et le bas.

- 3 -  Le travail bas et rond n'est possible que lorsque vous avez le contrôle de l'attitude et de la cadence, et que le cheval cède au mors avec légèreté lorsque la main résiste.

- 4 -  Le cheval doit " laisser sa tête tomber " de lui même; le tirer vers le bas est contre productif.

- 5 - Le principe de base est celui de " monter avec moins de force " . Dans l'attitude basse, le contact est très léger, le poids des rênes est suffisant. Pour vérifier si le cheval se porte tout seul, le cavalier doit toujours être capable de rendre les rênes complètement pendant 1 ou 2 foulées. Le cheval doit alors maintenir la position de sa tête et sa vitesse.

- 6 - Un cheval dans cette attitude basse et ronde doit vous donner l'impression qu'il apprécie et qu'il s'y sent plus en sécurité.

- 7 - Les cavaliers inexpérimentés ne devraient pas travailler trop bas.

 

Le cavalier doit " inviter " son cheval à laisser sa tête descendre et monter ainsi doit nécéssiter plus de jambes que de mains. Ceci doit toujours être associé au relâchement de la ligne du dessus et l'engagement des postérieurs en gardant le cheval vers l'avant et devant la jambe du cavalier.

Les enjeux politiques derrière la méthode bas et rond.

Le fait que des entraineurs et des scientifiques néerlandais soient impliqués dans le développement et l'amélioration des techniques d'entrainement pour les chevaux n'est pas une coincidence. La société néerlandaise a toujours été ouverte au changement.Etre ouvert au changement est la seule façon de réussir pour un petit pays. C'est exactement ce qui s'est passé dans le dressage et l'élevage néerlandais. Nous avons pris le meilleur des autres pays et nous avons essayé de l'améliorer.

Toutes les nouveautés ne sont pas automatiquement positives et il y a des exemples de mauvaise équitation aux pays bas, comme dans n'importe quel autre pays. L'usage excessif du " bas et rond " est mauvais. Mais mal monter n'est pas synonyme de monter bas et rond.

Une réaction négative vis à vis de nouvelles idées et initiatives n'est pas surprenante. Le monde du dressage est un monde très traditionnaliste. Les nouvelles évolutions sont souvent vues comme une insulte aux " racines classiques et traditionnelles " .

Cependant, il faut souligner que la nouvelle méthode d'entrainement " bas et rond " a été introduite en Allemagne par le cavalier d'obstacle Alwin Schockemohle dans les années 70, et a été transposée en dressage par des cavaliers de dressage allemands. La première critique a été publiée dans un magazine allemend en réaction aux méthodes d'entrainement de la double championne olympique Nicole Uphoff. Il semble donc qu'il ne s'agisse pas tant d'un problème politique de dressage entre l'Allemagne et les Pays - Bas qu'un problème entre la tradition et le progrès.

Le 31 janvier 2006 à Lausanne, le comité vétérinaire de la FEI a organisé un séminaire sur l'usage de la position basse et ronde dans le travail des chevaux de compétition. Les participants venaient de différentes disciplines scientifiques. Le séminaire de la FEI a atteint la conclusion suivante :

En se basant sur des présentations de différents projets de recherche dans les domaines de la physiologie de l'exercice, la radiologie, la biomécanique et l'enseignement, le meeting a atteint la conclusion préliminaire que, quand elle est utilisée par des cavaliers compétents, il n'y a aucune preuve scientifique que cette méthode soit néfaste en quoi que ce soit pour le cheval.

Il ne faut pas s'arrêter sur la méthode elle même, mais sur la manière dont elle est appliquée par les cavaliers et les entraineurs.Plusieurs scientifiques présents au séminaire ont conclu que cette méthode, lorsqu'elle est utilisée par des entraineurs et cavaliers compétents, peut avoir des avantages d'un point de vue biomécanique, anatomique et psychologique.

Cette méthode peut présenter des inconvénients comme toutes les autres méthodes d'entrainement. En 1996, les auteurs français Denoix et Pailloux avaient déjà décrit les avantages et les inconvénients de l'équitation ronde et basse dans un livre " thérapie physique et massage du cheval " .

Malheureusement, les aspects négatifs de cette méthode de travail, portés à l'attention du public par des cavaliers incompétents ou dans des cas d'usage excessif, sont parfois utilisés pour condamner la méthode en général. Un usage sélectif de photos prises à un mauvais moment, moment que tous les couples cheval / cavalier peuvent avoir, est ainsi utilisé pour " démontrer " que monter ainsi est néfaste pour le cheval.

Certains journalistes et auteurs ont utilisé des photographies de tels " mauvais " moments de cavaliers pratiquant l'équitation basse et ronde et ont selectionné seulement de " bons " moments de cavaliers traditionnels pour illustrer leurs articles et leurs livres. Il s'agit d'une approche assez subjective qui ne prouve rien.

Nous avons connu certaines difficultés pour créer un débat international entre les cavaliers et les entraineurs sur les méthodes d'entrainement, comme nous l'avons fait en Hollande. Bien que le sujet semble faire aujourd'hui l'objet de sérieuses discussions entre les scientifiques et les juges, beaucoup de cavaliers et d'entraineurs - les " gourous " du dressage - semblent penser seulement en noir et blanc. Ou ils évitent toute discussion, ou ils adoptent un point de vue presque fanatique, sans laisser de place à un doute raisonnable.

 

Nous aimerions que le débat se concentre sur les principes généraux de la méthode : c'est à dire sur " qui " peut monter bas et rond et " comment " l'on devrait monter bas et rond. A notre avis, la discussion devrait moins se porter sur l'attitude du cheval et plus sur la légèreté du contact et le fait que le cheval se porte seul.

Le principe général d'opposition à toute équitation " dure " et tout mauvais traitement du cheval est de la plus grande importance et nous y adhérons complètement. Nous croyons que le meilleur moyen de protéger les chevaux de sport est d'être ouverts et honnêtes.

Nous ne croyons pas que l'entrainement est devenu plus " violent " ou plus néfaste au cours des années. Il est devenu au contraire plus ouvert. Il y a des commissaires au paddock lors des compétitions et des caméras tout autour. Nous avons fréquenté le milieu des sports équestres depuis 40 ans et nous avons constaté d'importants progrès. ce qui ne veut pas dire que nous devrions éviter l'auto- critique. La critique permet de s'améliorer.

Lors de nos stages et de nos cours, nous indiquons très clairement à nos élèves que nous sommes totalement opposés à un usage excessif de l'équitation basse et ronde, et nous leur expliquons égalementqu'il est risqué d'appliquer cette méthode quand cavaliers et entraineurs n'adhèrent pas aux principes de base du bien être des chevaux et de l'éthique de l'homme de cheval et utilisent la méthode de manière incorrecte. Vous êtes certainement dans l'erreur si vous vous retrouvez un jour en train d'utiliser suffisamment de force pour inquiéter votre cheval, bien entendu, ceci s'applique à toutes les méthodes d'entrainement.( De fait, nous ne serions pas surpris si le fait de monter un cheval avec une force excessive dans une attitude haute était pire pour le cheval que l'utilisation de la même force dans une attitude basse, si l'on prend en compte le résultat d'études récentes ).

Comme nous l'avons déjà dit, la preuve ultime d'un bon travail est la LEGERETE et LE FAIT POUR LE CHEVAL DE SE PORTER SEUL ( self carriage )

 

Sur les terrains de concours, les cavaliers ont en général des mauvaises notes plutôt lorsque l'attitude du cheval est trop basse que lorsqu'elle est trop haute. Nous pensons que c'est parce que les juges peuvent facilement repérer un cheval " en arrière de la verticale ", ce qui fait baisser vos notes. c'est dommage, car nous pensons qu'un cheval décontracté dont le chanfrein est légèrement en arrière de la verticale et dont le contact reste léger est techniquement bien plus juste qu'un cheval contracté avec un dos bloqué dont le nez est juste en avant de la verticale.

Cependant, le règlement ne permet pas une attitude " en deça de la verticale ", et même un juge novice peut voir quand un cheval est dans cette attitude. Un cheval qui se déplace avec un dos qui fonctionne et sans aucun blocage dans son corps entier est bien plus difficile à voir.

Nous espérons que le débat actuel sur le " bas et rond " permettra de mettre d'avantage l'accent sur le fait pour le cheval de se porter tout seul et la légèreté du contact dans la technique de jugement des chevaux.

La FEI et l'académie Bartels travaillent dans la même direction : celle d'un cheval " athlète heureux " , c'est à dire un cheval qui est léger, athlétique, qui aime son travail, est perméable aux aides, a un dos qui fonctionne, est décontracté et se porte seul.

C'est votre cheval qui détermine le programme d'entrainement, vous devez donc toujours partir de ses caractéristiques physiques et mentales propres. Votre but est de faire en sorte qu'il s'ouvre à vous mentalement et physiquement.

Un cheval perméable est agréable à monter.Il est important de travailler par étapes, pas à pas. Le chemin le plus lent est toujours le chemin le plus rapide à la fin.

En variant beaucoup l'attitude du cheval, on décontracte ses muscles, et on les rends plus souples et plus forts. Cependant, cette variation d'attitude - l'alternance entre long, court, bas, rond et haut - est seulement possible lorsque l'on maitrise la cadence.

La légèreté est le principe de base, et grace à elle on relâche le corps entier du cheval, ce qui lui permet de s'ouvrir à vous. Un cheval qui est physiquement et mentalement perméable se décontracte complètement et se sent en sécurité avec vous. Si votre cheval est en équilibre, vous pouvez être à la fois son psychologue, son professeur de fitness et son kinésithérapeute. Il n'y a pratiquement aucune thérapie à pied qui peut détendre les muscles du dos d'un cheval aussi bien qu'un bon cavalier.

Un cheval entrainé correctement bas et rond est également facile à monter avec son chanfrein en avant de la verticale. Vous pouvez alors le monter dans une attitude plus haute, et avec un contact correct. Vous transformez votre cheval en athlète en variant son attitude et sa cadence. L'équitation devient plus confortable et la locomotion plus belle.

 

Traduction Lydie.k