Equilibre et LDR...

Idées reçues - 1 -

On entend et on lit beaucoup de choses concernant les techniques équestres des cavaliers de dressage qui pratiquent la compétition à haut niveau.

En France, il est difficile d'accéder à des informations de provenance variée, car les meilleurs entraineurs et cavaliers mondiaux sont étrangers et que leurs ouvrages ne sont souvent traduits qu'en anglais. Il en est de même pour les ouvrages scientifiques neutres, les études, qui, même si elles sont écrites par des français sont rédigées en anglais.

Les lecteurs et auditeurs, même s'ils sont ouverts et curieux de nature, ne disposent donc souvent que d'informations dont les avis sont très dirigés, présentées comme des vérités absolues.

J'ai donc eu envie de montrer, non pas que toutes ces idées sont fausses, mais qu'elles ne représentent qu'une façon de voir les choses, et que pour ne pas raisonner de façon simpliste, il est bon de comprendre qu'il existe d'autres points de vue, tout aussi étayés. 


 

Idée reçue 1 : Quand on monte un cheval en attitude ldr (low deep and round) ou bas et rond, il est obligatoirement sur les épaules.

 

Quand je parlerai d'équilibre ici, je ne parlerai que d'équilibre longitudinal, c'est à dire la répartition de la masse du cheval entre son avant main et son arrière main. Je laisserai donc de côté, car inutile ici, l'équilibre latéral, qui est la répartition de la masse du cheval entre son latéral droit et son latéral gauche.

Tout d'abord, il n'existe pas un équilibre longitudinal mais des équilibres. Entre le cheval qui est au "mézair" et celui qui est "sur les épaules" il y a toute une variété d'équilibres.

Lorsque rien d'autre n'est précisé, nous retiendront comme définition de l'équilibre, celle de l'ancien et classique manuel d'équitation (éditions Lavauzelle) qui explique "un cheval est en équilibre quand, à tout instant, la force musculaire peut déplacer la masse dans toutes les directions".

Aux siécles derniers, les études réalisées sur l'équilibre du cheval (capitaine de St Phalle, général Morris) ont abouti à des conclusions de répartition de la masse du cheval suivant la hauteur de son encolure. J'ai appris cela lors de ma formation monitorat. Des chiffres dans un tableau qui estiment que pour un cheval de 450 kg, les postérieurs portent 200kg, les antérieurs 200kg et le bloc tête encolure environ 50kg, ce qui crée une surcharge de poids vers l'avant de 50kg en attitude neutre... Suit toute une étude de répartition de ce même poids suivant l'attitude plus ou moins haute du cheval et la présence d'un cavalier (assis d'avantage sur les antérieurs) ou non.

Ces études, qui ont le mérite d'exister et d'avoir entamé une réflexion, ont omis un élément important. L'équitation est dynamique, le centre de gravité du cheval se déplace continuellement pour lui assurer un équilibre correct lorsqu'il est en mouvement. Cet équilibre peut être perturbé par un cavalier mal positionné, ou une inhibition des mouvements d'une partie du corps, bloquée par le cavalier par exemple.

 

Mais cet équilibre n'est pas conditionné par la place de la tête et de l'encolure seulement. Le rôle des postérieurs est primordial.

Les cavaliers se plaignent parfois du manque d'équilibre de leurs chevaux. Ils aimeraient bien monter avec moins de "poids", mais leur cheval, pas suffisamment "en équilibre" pèse à la main, se "colle" à leurs actions. Ces cavaliers pour résoudre leurs problèmes d'équilibre vont alors souvent chercher à travailler avec un cheval beaucoup plus haut, voir parfois ouvert.

Prenez l'habitude de focaliser votre oeil sur le fonctionnement des postérieurs, et vous constaterez assez vite quelque chose : la propulsion des postérieurs déplace le centre de gravité du cheval vers l'avant, la flexion rapide des postérieurs recule le centre de gravité.

Ainsi, lorsque votre cheval n'a pas envie de marcher au pas, qu'il "chauffe" et trottine sur place, vous n'aurez pas de problème d'équilibre. Un cheval qui a des grandes foulées lentes par contre, a toutes les chances d'avoir un équilibre délicat à gérer pour son

cavalier.


Photo de Cathy Paul 

Revenons maintenant à notre constatation de départ. Est ce qu'un cheval bas et rond peut être en équilibre ?

Le cheval bas et rond est en équilibre si son dos s'articule, fonctionne, et si ses postérieurs sont rapides et avancent sous la masse. Attention, rapide ne veut pas dire précipité ou bousculé, mais dynamique, actif et surtout réactif. Il existe alors une liaison entre l'arrière main et la bouche, passant par tout le dos et aboutissant à la main du cavalier, mais ce n'est pas du poids du au manque d'équilibre du cheval, ni une traction de la part du cavalier. Le cavalier peut effectuer une rupture de contact s'il le désire, le cheval est mobile et se remettra en attitude de présentation dès que le cavalier se tiendra de façon plus tonique avec des rênes plus courtes.

Le cheval ainsi monté bas et rond est donc bel et bien en équilibre, disponible, léger, agréable à monter et mobile en tous sens.

 

Est ce que le cheval bas et rond a le même équilibre que le cheval en attitude de présentation ?

Certes non. Un des objectifs du ldr, est de pouvoir disposer de la masse du cheval comme on le désire, et de pouvoir obtenir un équilibre plus horizontal lorsqu'on le souhaite. En ldr, le cheval a un équilibre plus horizontal que montant.

En effet, avoir un cheval en équilibre "sur les hanches" ne présente pas que des avantages. La propulsion peut être affectée, le dos peut être figé, le poids sur les postérieurs peut gêner leur mobilité et rapidité, les postérieurs ne sont pas faits mécaniquement pour porter la masse, en relevant la base d'encolure le cheval peut effondrer son garrot et reculer sa base d'encolure,  les apophyses épineuses du garrot se rapprochant alors les unes des autres ... Les écueils peuvent être nombreux.

C'est pour cela que de nombreux cavaliers souhaitent obtenir la maitrise de la répartition de la masse du cheval entre un équilibre horizontal et un équilibre sur les hanches, l'équilibre horizontal étant demandé en détente, en relaxation, et dans l'apprentissage de tous les mouvements lorsque le cavalier veut que son cheval apprenne à rester relaxé et rond.

Lorsqu'un cavalier monte un cheval en attitude ldr, il recherche le plus souvent un équilibre horizontal. Il prépare le cheval à accepter sans se contracter ou se creuser un effort plus important lorsqu'il sera en attitude de présentation.

Demander des transitions descendantes bas et rond par exemple, apprendra au cheval qu'il peut réduire son allure sans modifier son équilibre, ni vers l'avant, ni vers l'arrière, ce qui permettra d'éviter qu'il sorte de la main, s'ouvre, lève la tête ou bloque ses postérieurs lorsqu'on transitionnera en lui demandant de reporter son poids vers l'arrière main.

Le cheval apprend qu'il peut répondre aux demandes du cavalier sans modifier son équilibre et sans se contracter.

 

Si votre cheval ne se tient pas, c'est à dire que vous ne pouvez pas rompre le contact 2 ou 3 foulées sans qu'il accélère ou "plonge" , s'il "pèse" à la main, pensez à résoudre le problème derrière et à demander des foulées plus rapides et petites. Ne focalisez pas sur l'équilibre sur les hanches seulement et n'hésitez pas à faire varier l'équilibre en vérifiant que vous pouvez obtenir un équilibre horizontal lorsque vous le souhaitez.

 

Lydie.k