Souplesse ou relâchement ?

C'est un terme que j'entends si souvent, et que j'ai tellement employé également !

"Je fais ceci ou celà pour assouplir mon cheval", " mon cheval fait mal les appuyers parce qu'il n'est pas souple" , " mon cheval manque de souplesse"....Mais ces termes sont- ils judicieusement choisis et employés à propos ?

Mettons nous d'accord sur la définition de ces termes.

 

 

 

 

Qu'est ce que la souplesse ?  

La souplesse correspond à la capacité d’amplitude passive des mouvements corporels. Tout exercice d’assouplissement a comme objectif de conserver, de récupérer, d’augmenter ou de restaurer cette capacité d’amplitude (B.Calais Germain)

La souplesse est liée en grande partie à la capacité d'étirement du muscle. La souplesse est la capacité biomécanique d'amplitude articulaire, elle est induite par divers facteurs (génétique, température, échauffement, décontraction) et peut être améliorée dans une certaine mesure.

La contraction est la réponse mécanique d'un muscle à une excitation, selon laquelle il se raccourcit en se gonflant. (Larousse) La contraction est donc un facteur limitant de la souplesse.

 

  Qu’est-ce que le relâchement ?

Selon le dictionnaire le relâchement est ce qui définit l’état du muscle opposé à celui de la contraction. Le terme relâchement s’oppose à celui de crispation, tension. Il s’agit, tout en recherchant un maximum d’efficacité, de ne contracter que le minimum de muscles, pendant le minimum de temps, avec le minimum de force.

Le relâchement musculaire vise ainsi à réduire la dépense d’énergie inutilement engendrée par des contractions freinatrices voire parasites. Ce qui est recherché c'est l'efficience. Être efficient, c'est être le plus efficace possible en dépensant le moins d’énergie possible.          

L’efficience ne dépend pas seulement de la contraction musculaire. Elle dépend aussi des résistances qui s’y opposent. Ainsi, les muscles antagonistes, lorsqu’ils sont crispés, contrent l’effort déployé. 

Sans le relâchement, l'amplitude gestuelle est réduite, les mouvements sont saccadés voir freinés, l'équilibre dynamique est moins performant (université Paris12 étude Maury 2009). Il est le fondement du geste sportif réussi : sans relâchement total, aucune performance n’est possible. Il suffit de regarder deux athlètes courir un 100 mètres pour comprendre que celui qui est le plus relâché, aura la gestuelle la plus déliée et finira par l’emporter, c'est aussi dans ce sens que vont tous les commentaires. Je viens d'ailleurs de lire le compte rendu du match de tennis qui a opposé W. Tsonga à R. Federer à Roland-Garros, ils y était surtout analysé la performance de Tsonga avec le détail des points gagnés où il était resté relâché et des moments plus faibles où il s'était contracté.


Dans les techniques d'entrainement humain modernes, apprendre à se relâcher est un objectif en rapport avec la performance technique. Maitriser le relâchement est difficile pour l'athlète humain (maitrise de la respiration,du stress, du tonus musculaire, bonne connaissance de son schéma corporel). Il est donc logiquement difficile de l'induire chez le cheval.

Quelques éléments peuvent faciliter le relâchement du cheval.

- Echauffement progressif et de bonne qualité

- Limitation des facteurs de stress (travail adapté et aides logiques pour le cheval)

- Attitude plus basse, voir plus longue en cas de contraction

- Pauses fréquentes pour faciliter une bonne respiration et donc oxygénation

 

Mais attention, si le relâchement est primordial, il ne devrait pas s'accompagner d'une baisse du tonus musculaire. Il est donc moins performant d'obtenir le relâchement par la baisse du rythme du cheval que dans un rythme tonique par des variations d'attitude et le contrôle de la perméabilité de la bouche et de la flexion tête encolure qui permettent un relâchement général sans baisse de tonus musculaire.

Distinguons maintenant assouplissement et étirement   link   

Les assouplissements sont des exercices de mobilisation destinés à améliorer la mobilité articulaire. On peut distinguer des exercices de développement actif et passif de la souplesse (V.N.Platonov 1984). Les exercices orientés vers le développement de la souplesse sont des mouvements de flexion, d'extension, de rotation, de circumductions.

Les étirements sont des exercices spécifiques destinés à améliorer la mobilité par un allongement progressif du muscle au maximum de son amplitude. Les étirements améliorent l'amplitude articulaire dans les limites de la capacité à l'allongement du muscle. Les étirements agissent sur les systèmes musculaires et tendineux. Ils permettent de prévenir et diminuer les accidents musculaires.

Attention ! alors que l'utilité du relâchement dans la performance sportive fait l'unanimité, les étirements, et plus encore les assouplissements sont controversés.

Lorsqu'un cheval a des difficultés à effectuer un mouvement tel que s'incurver, aller de côté, se ployer...On a parfois tendance à considérer que c'est par manque de souplesse alors qu'il s'agit très vraisemblablement d'un manque de relâchement. En raisonnant de la sorte, l'attitude du cavalier sera tout à fait différente. Il pourra par exemple demander le mouvement avec une attitude un peu plus longue et basse au départ, réfléchir à ses actions pour s'assurer qu'il ne provoque pas de contraction par une mauvaise posture, vérifier qu'il ne provoque pas de contraction par des actions mal dosées ou contradictoires, effectuer si besoin des étirements légers latéraux (lien : Travail en vue de l'épaule en dedans, par exemple) ... Tout son raisonnement s'en trouvera modifié.

 

Lydie.k