Technique allemande vs technique Hollandaise

J'ai souhaité traiter ce sujet car j'ai constaté en discutant et en lisant les forums que de nombreuses personnes pensent que tous les cavaliers allemands et hollandais montent sur les mêmes principes techniques. Je le pensais également jusqu'à il y a quelques années. J'ai pu me rendre compte que ce n'était pas tout à fait le cas dès mon premier voyage en Hollande, et en suivant des clinics d'Edward Gal par exemple. Bien sûr, certains cavaliers montent avec des techniques réellement identiques aux allemands, comme Coby Van Baalen dont l'entraineur, Johann Hinemann est allemand. D'autres font une sorte de mixage, faisant "franchir" le mors comme le font les allemands, mais en allant aussi loin dans la rondeur que les hollandais, tout en utilisant un système d'aides qui n'est pas aussi dissocié que les Hollandais par exemple, utiliser dans un déplacement latéral la jambe, associée à la cravache si le cheval ne répond pas, et continuer à utiliser cette jambe jusqu'à la fin du mouvement pour entretenir le mouvement latéral, alors que dans le système intégral, la jambe doit cesser dès que le cheval répond et ne redemande que si le cheval ralentit ou diminue son déplacement latéral.

Comme je l'ai évoqué dans le sujet vidéo, les fondamentaux de base sont très légèrement différents, principalement en raison de l'historique du dressage dans ces 2 pays.  En Allemagne, le dressage s'est développé dès la fin de la première guerre mondiale. L'élevage du Hanovrien a pris son essor, les allemands sont allés chercher ce qui se faisait de mieux à ce moment-là, la technique française, et la réadaptant et la modernisant ils ont établi dès les années 1950 l'échelle de progression sur laquelle ils se basent encore. En Hollande, la culture du dressage est plus récente. Sans racines techniques réelles, ils ont analysé ce qui était commun aux meilleurs cavaliers de ce moment en dressage mais aussi dans les autres disciplines, ils ont recherché les éléments qu'il était judicieux de faire évoluer ou non dans les préceptes classiques, et ils ont cherché et cherchent encore, tout ce qui peut leur être utile dans la compréhension de l'apprentissage ou de la biomécanique du cheval. Leur principe étant qu'ils sont un très petit pays, et que s'ils ne vont pas en permanence vers l'avant ils seront vite dépassés. Ainsi, s'ils se basent sur l'échelle de progression, ils pourront en déplacer des éléments, comme par exemple avec mon rigide et tonique cheval alezan, pour lequel on a travaillé tout d'abord la relaxation et l'acceptation réelle des aides pour pouvoir repartir avec un cheval relâché.

Comme j'ai travaillé avec des entraineurs des 3 sensibilités principales (classique française, allemande et hollandaise) on me demande souvent celle que je préfère et quelle est celle que j'utilise dans mon équitation et mon enseignement.

Tout dépend le cas. Dans mon enseignement, si l'élève a un jeune cheval, je trouve la technique allemande simple, claire et gérable en autonomie. Il faut toutefois rappeler que les allemands montent les jeunes chevaux droits avec le contact sur les 2 rênes en ligne droite, ce qui favorise la connexion entre l'arrière main et l'avant main, l'épaule devant viendra plus tard. Si le cheval est un peu plus avancé, et à plus forte raison s'il a une locomotion modeste et/ou un fonctionnement un peu bloqué, avec la majorité des cavaliers et des chevaux je préfère la méthode hollandaise, prise dans son ensemble comme à l'académie Bartels. Cela incite le cavalier à n'agir que pour demander quelque chose et non entretenir, à réfléchir à son centrage, à être conscient de toutes ses actions, et à monter mains sans jambes, jambes sans mains. Le cheval est éduqué à céder à la main à l'arrêt tout d'abord, ce qui limite l'usage d'effets d'ensemble, avec le risque de "blaser" un cheval lorsque le cavalier se met à utiliser trop de mains et trop de jambes. La position low deep and round n'est pas demandée mais peut être obtenue. Le fonctionnement du dos des chevaux lorsqu'on travaille réellement avec cette optique est très souple, comme si le cheval "swinguait", on a vraiment l'impression de pratiquer comme un "massage" sur tout la longueur du dos. Mais….Mais cette façon de monter déstabilise certains, qui sont un peu perdus par le contact différent de ce qu'ils connaissent, on peut avoir des problèmes de rectitude parce que les cavaliers ne savent pas encore obtenir assez de décontraction devant et une propulsion assez régulière, parce que devoir surveiller leurs actions les paralyse ou bride leur efficacité. Dans ce cas, il vaut mieux utiliser une autre méthode, la méthode allemande facilitant des points de repère stables et des sensations sécurisantes est souvent ainsi plus efficace pour préparer une épreuve, et je choisis donc le plus souvent de faire "basculer" les cavaliers sur cette technique pour mettre les chevaux en attitude de présentation. Le fait d'utiliser une technique sur 2 mains égales et quelques minutes après une logique par aides diagonales ne pose pas réellement de problèmes aux cavaliers, car c'est dissocié avec 2 attitudes différentes et marque 2 phases claires dans le travail avec des sensations pour chacune, plus de fluidité de rondeur pour la 1ère, plus d'équilibre et de contrôle pour la seconde. Par contre, je demande aux cavaliers de conserver le même système de dosage des aides afin que le cheval reste dans un système qu'il connait. Car cette technique hollandaise est avant tout une philosophie, une méthode en adéquation avec les principes de l'ISES, avec ceux de l'équitation éthologique, et il est donc possible de combiner la recherche de l'une ou l'autre des attitudes dans ce même système de logique. Je peux également utiliser l'équitation classique française lorsque je monte un cheval qui a un physique particulier et que le dos ne fonctionne pas correctement dans un système plus droit ou pour aider un cavalier à ressentir le fonctionnement du postérieur intérieur vers la rêne intérieure de façon fluide. Je vais alors me servir davantage de déplacements latéraux, agrandir et rétrécir un cercle, me servir plus des courbes d'une manière générale.

On peut ainsi prendre un système dans son intégralité ou le mixer avec d'autres éléments, mais attention, le tout doit rester cohérent techniquement et surtout pour la compréhension de votre cheval. Lorsque vous avez choisi de travailler avec un entraineur, quel qu'il soit, vous utilisez une façon de faire qui constitue un tout cohérent, et il faut bien réfléchir avant d'y ajouter d'autres éléments venus d'autres méthodes, le mieux si c'est possible étant d'en discuter avec lui afin de déterminer ce qui peut vous aider ou aider votre cheval ou ce qui risque de destabiliser de façon trop importante .

Lydie.k