Notions de bit fitting

Si vous suivez ce site régulièrement, vous n'avez pas pu manquer les informations concernant la venue de Karin Toetnel, une des meilleures bit fitter mondiale. Ce petit article fera un bref résumé de ce qu'elle a expliqué lors de ses 2 déplacements dans le sud de la France, en juin 2016 et mai 2017.

Pour ceux qui n'en aurait jamais entendu parler, le bit fitting ne concerne pas que le choix du mors selon la conformation du cheval mais aussi, et surtout, l'étude des différentes pressions exercées sur la tête du cheval, même bitless, la connaissance parfaite des répercussions de ces différentes pressions et la recherche du meilleur fonctionnement du cheval possible (nuque, machoire, dos, amplitude...) par la recherche des pressions qu'il accepte et préfère.

J'aurai pu choisir de faire un résumé de la journée conférence de juin 2016 + la journée "éducation" de mai 2017, je vais plutôt faire un résumé de consultation de bit fitting avec Karin. Vous pouvez trouver facilement des compte rendus de la 1ère conférence sur divers sites, comme celui là sur l'intéressant site d'une saddle fitter (Eugénie Cottereau)  ou cet article plus succinct sur France Complet.

L'examen à pied

Karin commence à voir les chevaux en main en licol et fait une consultation sur l'état général du cheval par rapport à son appareil locomoteur. 

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Elle vérifie entre autres : La souplesse des muscles de l'encolure, s'il n'y a pas d'anomalies, de dépressions, grosseurs ou de dissymétries, les épaules, les cervicales, avec une attention particulière pour la 1ère cervicale, le dos, s'il peut vousser normalement ou pas, les blocages éventuels.

L'examen approfondi de la tête comprend entre autre : la vérification de l'absence de sensibilités anormales, la vérification de dissymétries éventuelles (muscles temporaux qui peuvent traduire des difficultés à décontracter la machoire d'un côté, hauteur des yeux et des naseaux qui peut indiquer une contraction de l'articulation temporo mandibulaire ou de la nuque...) Tous les indices sont importants. L'examen de la bouche comprend les lèvres, surtout à l'intérieur, les gencives (présence ou non d'irrégularités, d'abrasions, de suros...) la langue, le palais... L'attache de la langue et la 1ère cervicales sont liées. Une tension ou douleur au niveau de la 1ère cervicale peut entrainer des problèmes de langue.

Les dents font l'objet d'un examen particulier. Il faut comprendre qu'elles ont un rôle essentiel dans la mise en main et la flexion latérale. Lorsque le cheval est "rond" l'articulation temporo mandibulaire se décontracte et la machoire inférieure descend. Une irrégularité de la table dentaire peut gêner ce mécanisme et empêcher la mise en main, faisant penser à un défaut de technique du cavalier. De même, un déséquilibre latéral au niveau des dents peut empêcher la machoire du bas de glisser vers la droite entrainant un manque de flexibilité du cheval à droite.

Son champs de compétence est très étendu, et il pourra lui arriver de demander à être mise en relation avec le dentiste du cheval, ou l'ostéopathe pour discuter d'un problème rencontré, ou de détecter un problème d'alimentation ou autre et de conseiller le propriétaire sur un complément ou un massage simple au niveau de la tête ou du dos qui pourra donner du confort au cheval.

Cet examen à pied est déjà un bilan complet en soi, et Karin sait déjà en partie comment va se comporter ce cheval sous la selle, et ce qui peut llui correspondre et choisir 3 mors simples à la taille idéale.

L'examen du filet habituel du cheval, réglage du harnachement.

C'est là que Karin va regarder ce que le cheval porte habituellement et croiser ces informations avec l'examen préalable.

Avant de parler du filet réellement, une petite réflexion de Karin par rapport au "sans muserolle" et au "bitless". Si elle n'est pas contre du tout, elle a tenu à nous sensibiliser sur le fait que rien n'est gentil ou méchant, tout dépend de l'utilisation qu'on en fait. Quand on met de la pression sur la tête du cheval parce qu'on agit, c'est de la pression, qu'on soit en mors ou bitless. Le but est de pouvoir avoir un cheval qui fonctionne rond pour protéger son dos, avec le moins de pressions possibles. Elle a expliqué que la pression mise par le cavalier, sur un filet avec muserolle bien réglé, pouvait se répartir en 25% sur la tétière, 25% sur l'avant de la muserolle, 25% sur l'arrière de la muserolle, 25% sur le mors, en licol la même pression sera répartie en 50% sur la tétière, 50% sur une zone du licol. Mais revenons au filet complet.

Elle va regarder notamment la tétière. Il n'y a pas de forme de tétière idéale, il y a une tétière adaptée à chaque cheval. Ayant vérifié les endroits où le cheval n'aime pas subir de pression (propre à chacun), elle va imaginer quelle genre de tétière sera plus adaptée, entre une tétière droite, anatomique style Dyon, anatomique avec une légère avancée entre les oreilles, arrondie mais sans l'échancrure pour chaque oreille... Il faut bien vérifier que s'il y a une forme anatomique, la fin de l'échancrure n'arrive pas sur le cartilage en dessous de l'oreille, car ce point est très sensible pour le cheval, et la petite pointe sous l'arrondi de la tétière concentre beaucoup de pression (c'est un point de décharge). La tétière ne doit pas non plus être trop large, car la 1ère cervicale doit pouvoir bouger (elle monte quand le cheval met son dos en place) et le ligament nuchal ne doit pas être comprimé. Attention toutefois aux tétières qui font une sorte de pont au niveau de la C1, bien vérifier que la pression n'est alors pas trop importante ailleurs. On le comprends ici, il est moins aisé de choisir une tétière adaptée qu'il n'y parait à première vue. Un détail tout bête, mais chaque détail a son importance, le passage de tétière doit être laissé tout crins ou mieux, rasé (coupé à ras), mais s'il est rasé il faut qu'il soit entretenu régulièrement, car lorsque les crins repoussent et sont drus la pression exercée par la tétière est très désagréable pour le cheval.

Le frontal est souvent un élément de décoration. Il n'a pas une importance primordiale, si ce n'est d'empêcher la tétière de reculer, mais il ne doit pas être trop petit pour ne pas comprimer les muscles temporaux quand le cheval mâche son mors. Il ne doit pas non plus être trop flottant, surtout si c'est une chaînette, car celà pourrait agacer le cheval et entrainer des coups de tête. Si le frontal est trop serré, il entraine également la tétière vers l'avant, et elle exerce alors une pression désagréable sur les oreilles du cheval.

Les montants sont un élément à ne pas négliger. Leurs boucles ne devraient pas être sur des zones sensibles comme l'articulation temporaux mandibulaire ni sur la base des oreilles. On peut être amené à faire raccourcir ses montants pour éviter les boucles trop hautes. Les montants de la muserolle doivent être derrière l'apophyse zygomatique, s'ils sont dessus on peut demander à un cordonnier de les reculer de quelques milimètres. Lorsque les montants ne sont pas parallèles à la tête du cheval, il y a plus de pression sur la nuque.

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La muserolle joue un rôle primordial dans la stabilité de l'attitude. En effet, si elle est assez large, confortable et correctement ajustée et réglée, elle servira de "rail" pour la machoire inférieure et aidera à l'avancée de la machoire inférieure, et donc la décontraction de l'ATM, et donc la montée de la 1ère cervicale, et donc l'avancée du garrot avec recul du poitrail, et donc, tout le dos voussé. Elle ne sert pas à empêcher d'ouvrir la bouche ou sortir la langue, d'ailleurs, les gens qui essayent par ce biais là se rendent bien compte que ça ne fonctionne pas vraiment. Une muserolle fine offre moins de confort qu'une muserolle large pullback (moins matelassée et surface de contact moins large répartissant moins la pression que met parfois le cheval en bougeant la machoire). Une muserolle fine, surtout si elle n'est pas ajustée ou s'il y a un noseband dessus présente l'inconvénient de se déformer vers le bas. La pression est alors principalement sur l'arrière de la muserolle, ce qui n'incite pas le cheval à céder et s'arrondir. Au niveau de la hauteur, contrairement à ce que l'on apprend depuis des siècles, il ne faudrait pas qu'il y ait 2 doigts entre le bas de l'apophyse zygomatique et la muserolle. La muserolle est alors trop basse. Elle met de la pression sur le fragile os nasal, et son bord supérieur est sur la sortie des centres nerveux. la peau peut être pincée entre la muserolle et l'anneau du mors occasionnant des blessures à la commissure des lèvres. Il est plus confortable pour le cheval que la muserolle soit plus haute, au ras de l'apophyse. Le noeud de sortie des nerfs faciaux est alors sous le rembourrage de la muserolle ce qui donne beaucoup moins de pression que les bords. Si la peau de la joue ou de la lèvre est encore pincée entre la muserolle et l'anneau du mors, il faut envisager une muserolle affinée sur le côté et des mors à petits anneaux. Le réglage de fermeture de la muserolle doit laisser passer plusieurs doigts sur les côtés de la muserolle. Dans quelques rares cas on peut envisager de monter sans muserolle, mais celà présente quelques inconvénients, comme augmenter la pression exercée sur la nuque, augmenter les mouvements désordonnés de la machoire (ce qui peut à terme causer de l'arthrose) , rendre plus difficile la mise en place réelle du dos. Une étude a montré que le cavalier d'un cheval monté sans muserolle intervient d'avantage dans ses mains pour stabiliser l'attitude qu'un cavalier qui monte avec une muserolle ajustée.

Passons au réglage et choix initial du mors. Karin regarde le mors d'origine du cheval et vérifie sur le dos de sa main comment se répartissent les pressions exercées habituellement dans la bouche du cheval. Nos mors sont généralement trop gros, car on a appris que c'était plus doux pour le cheval, alors que des études ont montré qu'entre la langue et le palais il ne restait qu'un espace de 12 à 14mm. Plus le mors est large au delà de cet espace, plus la pression exercée sur la langue est importante. On sent bien quand on essaye ses configurations que le cheval n'a pas plus peur de la main avec ses mors, voir même se pose souvent plus en confiance dessus. Le réglage du mors est bien sûr un point extrêmement important. La règle qui parle de 2 plis à la commissure des lèvres est trop générale. Le nombre de plis, ou l'absence de plis dépendra de si le cheval a des lèvres épaisses ou fines. Le réglage sera fait au contact de la commissure des lèvres, et en écartant les montants. On doit pouvoir les écarter de 3 à 5cm environ. Si on peut les écarter de 15cm par exemple c'est trop lâche. Si c'est trop lâche, le mors est trop bas dans la bouche, il va toucher la langue sur une zone plus sensible, pouvant créer des défenses, et quand le cavalier agit, le mors aura plus d'amplitude de mouvement , sera moins stable, et donc moins gentil. Attention ! Il ne faut jamais remettre un mors droit dans la bouche en tirant sur le mors ou sur les montants, car on tire alors sur la tétière et on déséquilibre les pressions. Il faut réajuster par l'équilibrage des trous.

Une petite note spéciale pour le bonnet anti mouches. Il faut être conscient que s'il est très utile pour le cheval en ce qui concerne les oreilles, il peut augmenter la pression sur la nuque de façon désagréable, et du coup, là aussi limiter la flexion de la 1ère cervicale, et donc la facilité de la mise en main. Il faut absolument que la partie sous la tétière ne s'arrête pas sous la tétière elle même, et si possible que le tissu soit fin et non irritant. 

 

Les essais monté

Il est temps de passer à cheval. Le cavalier monte son cheval, et Karin fait varier un élément à la fois, effectuant un travail minutieux d'enquête, sur le visuel du cheval et le ressenti du cavalier. Elle travaillera surtout avec des mors très simple, double brisure, de préférence avec anneau libre (ce qui est plus décontractant qu'un verdun ou mors à olive). On ne peut pas soupçonner la différence de contacts apportés par 2 mors simple brisures de même diamètre, nous semblant quasiment identiques, certains exerçant une pression douce répartie sur toute la largeur de la bouche langue comprise, d'autres dégageant la pression du centre de la langue pour la transférer sur les barres, d'autres encore libérant l'arrière de la langue qui est plus épaisse à l'arrière qu'à l'avant pour diffuser la pression un peu plus en avant... Il existe autant d'effets que de mors doubles brisures. Elle proposera extrêmement rarement des mors en résine, ils sont souvent abrasifs pour les muqueuses (dans l'examen à pied elle aura souvent alors souligné des zones abrasées sur les barres notamment et parfois même des suros ), et ils assèchent la salivation, et en ce qui concerne les mors droits en résine, la pression exercée est très forte et assez désagréable. 

Elle n'apprécie pas non plus les mors simple brisure, pas vraiment pour la raison invoquée habituellement, car pour que la brisure touche le palais il faudrait tirer vers le bas et l'avant, nous l'avons expérimenté sur la machoire du crane qu'elle avait amené, mais, entre autre parce que les 2 canons sont obligatoirement de taille différente, rendant un contact précis symétrique impossible, et que la brisure simple envoie une pression très forte et peu diffusée sur les barres.

Karin commence par essayer 2 mors dont les pressions sont très différentes, pour voir vers quelle direction elle va aller. Suivant les essais, pour un changement qui peut sembler minime, le cavalier montant toujours de la même façon et le mors étant toujours du même diamètre, on peut sentir le cheval plus ou moins en avant, un contact plus ou moins bon, plus ou moins de freins, sur certaines configurations, des chevaux peuvent se bloquer ou partir en coup de cul, simplement parce qu'on a rajouté une mousse de confort sous la muserolle ou la tétière ou qu'on a changé cette dernière.

Lorsque le cheval n'aime pas la pression de la tétière, il arrive aussi qu'il bascule sa nuque. Karin se base sur ce qu'elle voit, mais apporte une importance primordiale à ce que ressent le cavalier. Elle dit que si un nouvel élément n'améliore pas le cheval en 1 ou 2mn, c'est que ce n'est pas adapté à ce cheval. S'il n'aime pas tout de suite, il n'aimera pas plus tard. Quand un élément semble convenir, elle change puis y revient pour être sûre du résultat.

Les essais peuvent être rapides si le cheval est très clair dans ses réponses et sans problème particulier, mais parfois la consultation totale peut durer 3h, alors qu'il faut compter 1h30 à 2h habituellement. 

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Je ne peux pas résumer en un texte tout ce que j'ai appris avec Karin entre ces 2 passages de l'été dernier et de cette année, le champ est immense, et donne vraiment envie de suivre la formation avec elle. On peut vraiment  aider le cheval et le cavalier par une expertise telle que la sienne, raison pour laquelle nous souhaitons ouvrir une formation pro pointue en France, pour former de futurs bitfitters pour répondre à la demande qui est croissante dès que les gens ont l'occasion de voir les résultats obtenus sur un couple.

 

Lydie K ThinK dressage