Conférence de l'ISES 2016

J'ai pu participer cette année à la conférence annuelle de l'ISES (International Society for Equitation Science) 

J'en suis revenue...Comment dire...Partagée.

                                                                                                                   

Jusque là j'avais une admiration et une solide confiance en ce qui concerne la science et les études scientifiques. Tout le monde le sait, je suis assez cartésienne, j'ai du mal à accepter toute idée comme une vérité, si elle ne se base pas sur des données mesurables, même si cette idée est acceptée par la majorité. J'aime vérifier, et à ce titre l'outil qui mesure la tension des rênes, par exemple,est pour moi une aide très objective et appréciable dans mon enseignement.

Dans cette logique, j'attendais beaucoup de cette conférence, qui rend compte des études "scientifiques" qui ont été menées durant l'année par diverses équipes de chercheurs du monde entier. Je m'attendais donc à rencontrer d'éminents savants, des vétérinaires, des explorateurs modernes,totalement neutres, objectifs, mûs par la seule soif de vérité découverte après moult expériences dont ils attendent les résultats avec curiosité et l'esprit totalement neutre et ouvert.

Si quelques études présentaient en effet cette caractéristique, si quelques personnes répondaient à ce profil, qu'elle ne fut pas ma surprise de constater que la majorité des membres avaient au contraire des idées très arrêtées (et le plus gênant c'est que ces idées sont arrêtées avant même toute vérification), très fermés, et les études n'avaient alors de "scientifique" qu'un nom, une sorte de justification très loin de toute rigueur et de toute objectivité. Le contraire de ce que représentait le mot scientifique pour moi. Le discrédit de la notion "scientifique". 

Par exemple, dans les "soi disant études scientifiques" qui m'ont choquée, une étude de Clémence Lesimple de l'Université de Rennes affirme que les chevaux de compétition et en particulier les chevaux de dressage présentent davantage de troubles comportementaux et de stéréotypies que les autres chevaux. Lors du compte rendu de cette étude, cette personne montrait des vidéos de chevaux présentant des stéréotypies diverses. Je peux vous garantir qu'aucun des chevaux ou poneys de ces exemples n'était un cheval de dressage de compétition. Il y avait un petit poney gris dans une stabulation type club, quelques chevaux bais et alezans de type selle Français avec une musculature faisant penser à des chevaux appartenant à des particuliers très amateurs, style ceux qu'on trouve à très petit niveau en CSO. Aucun cheval présentant une musculature ou un type, reconnaissable au premier coup d'oeil chez un cheval de dressage. Aucun chiffre non plus dans cette étude. Combien de chevaux étudiés ? Combien de chevaux de dressage par rapport aux autres disciplines ? Dans combien d'écuries ? Appartenant à des cavaliers de quel niveau ? Pratiquant la compétition à quel niveau ? Est ce que cette personne considère qu'un cheval de particulier sortant en épreuve club 3 est un cheval de compétition de dressage ? Auquel cas certains comportements peuvent s'expliquer par le manque d'expérience des cavaliers, même s'ils sont de bonne volonté. Non, vraiment, pour moi, cette étude n'a vraiment rien d'objectif ni de scientifique, pas assez de rigueur, pas de neutralité. C'est une position qu'on a pu observer chez certains membres de l'ISES. 

Dans le même style, une Allemande a envoyé des questionnaires a 5000 propriétaires de chevaux assurés pour savoir s'ils avaient subi un acte chirurgical dans les 3 ans, et elle a reçu 1500 réponses, qui lui ont permis de déduire qu'un cheval de dressage ferré présentait plus de risques de chirurgie qu'un cheval de loisirs non ferré. Bon, jusque là peut être, ça semble logique, ce serait mieux si toutefois on savait combien de chevaux étaient assurés pour le dressage dans ces 5000 et dans ces 1500 réponses et combien étaient assurés pour le loisir et non ferrés. Ce qui était moins logique et scientifique c'était sa conclusion : Donc les chevaux de dressage sont moins bien soignés et montés que les chevaux de loisir... C'est une interprétation libre et n'engageant qu'elle, mon interprétation étant plutôt que vu la valeur des chevaux, les cavaliers de compétition assurent plus leurs chevaux, et peut être aussi ont plus vite recours au vétérinaire et à la chirurgie si besoin. Mais il s'agit là bien entendu également d'une interprétation personnelle.

Lors de la soirée de gala, j'ai discuté avec une scientifique française qui me parlait méthodes de dressage, équitation éthologique et modes d'évaluation. à un moment, je lui montre un tracé du rein tension. J'ai un tracé que je connais bien parce que c'est le mien, je montais un cheval très bien dressé, et ce tracé est pris au pas rassemblé, il y a très très peu de contact, trop peu probablement, et il est remarquablement régulier car il est mesuré sur un moment optimum, très court, ou le cheval était très régulier, en équilibre et sans aucun à coup. Et là, la dame me dit "Oh ! mais il y a beaucoup beaucoup trop de contact !" j'étais sidérée. Je lui dit "mais non ! c'est un contact très léger, juste le poids des rênes, et au pas ! Si le cheval était au trot ou au galop le contact serait plus franc !" Elle me redit "mais moi je trouve que ce contact est beaucoup trop fort !" Je lui propose alors " Vous n'imaginez pas ce que représente ce tracé comme qualité de contact. Je vous propose de venir vous faire une mesure sur votre cheval, il faut bien sûr qu'il soit sur la main, s'il est creux il n'y a pas de contact et c'est faux. Mais s'il est rond vous pourrez vérifier à quel point c'est un contact fin pour arriver à la même hauteur et régularité de tracé (je fais assez de mesures pour connaitre le décalage qu'il y a entre les souhaits des gens et ce qu'ils font réellement)" Et là elle me répond " Ha mais je ne monte pas du tout à cheval !" . Et voilà ! Le coeur du problème, le coeur de la question. Des gens qui ont un avis très tranché parce qu'ils ne montent pas ou à un petit niveau, ou montaient il y a longtemps et idéalisent le niveau qu'ils avaient alors, et de l'autre côté, les gens qui pratiquent réellement, savent à quel point la pratique est difficile, savent que chaque cheval est différent, et savent ou sont en mesure d'imaginer ce que les cavaliers ont résolus comme difficulté lorsqu'ils arrivent sur une épreuve 5 * que ce soit en dressage ou en CSO. 

Il y avait par contre des études neutres et intéressantes, comme une étude sur le rôle des informations sensorielles dans le couplage cavalier cheval, qui a démontré que la vision jouait un rôle essentiel sur l'utilisation chez le cavalier des membres supérieurs, c'est à dire que si on supprime la vision chez un cavalier expérimenté, il utilise avec moins de précision ses membres supérieurs, alors que la proprioception est essentielle pour un bon u sage des membres inférieurs. Chez un débutant au contraire, la vision obscurcie facilite la synchronisation avec le cheval, notamment au niveau des poignets. La perte d'audition par contre n'a aucun effet sur la performance du cavalier.

Une étude sur les muserolles était aussi intéressante, et menée de façon neutre sur 750 chevaux de dressage, concours complet et hunter lors de compétitions en Irlande, Angleterre et Belgique. 44 % des chevaux avaient des muserolles trop serrées, 23 % laissaient un espace d'un doigt, 19 % un doigt et demi, et 7 % 2 doigts ou +. La discipline ou la muserolle était la plus serrée est le concours complet, le dressage venant en second. Le serrage de la muserolle n'était pas en lien avec l'âge des chevaux (de 4 ans à 19 ans). 

Il y avait également une étude menée sur la fiabilité des échelles de mesure de la douleur (EQUUS COMPASS et EQUUS FAP) qui ont prouvé une bonne fiabilité des 2 tests, autour de 85% de fiabilité. Malheureusement ces échelles n'ont pas été expliquées ou détaillées, je suis donc restée un peu sur ma fin et j'aimerai plus de détails sur cet intéressant sujet.

Une très intéressante et très complète étude sur la qualité des sols méritera quelques précisions ultérieures cette étude était réalisée par Mme Denoix et était réellement scientifique. 

Il y a eu aussi des études faites sur le renforcement négatif et le renforcement positif. Un sondage montrait que beaucoup de cavaliers pensaient savoir définir l'un et l'autre mais qu'en réalité quand ils devaient donner un exemple précis, ils se trompaient et que ces notions n'étaient pas vraiment intégrées alors même que les gens sont persuadés du contraire. Jusque là, tien d'étonnant. Ce qui l'a été beaucoup plus, c'est la scientifique qui le lendemain expliquait une expérience pour déterminer si le cheval préférait le renforcement positif ou négatif dans son apprentissage. Elle expliquait que les chevaux étaient plus stressés lorsqu'on utilisait le renforcement négatif, et qu'ils avaient déterminé ça en agitant une cravache devant leur tête pour les faire reculer et qu'ils levaient la tête, signe de stress (ben oui !). Pour le renforcement positif ils exerçaient une pression sur la longe pour faire reculer et donnaient une récompense quelques secondes après le reculer. Quelqu'un a alors souligné que cette scientifique ne connaissait pas elle même les fondements du renforcement négatif et le confondait avec renforcement punitif. En effet, le renforcement négatif est simplement le fait d'arrêter une pression ou une demande lorsque le cheval donne la bonne réponsepour qu'il comprenne que c'était la bonne réponse. Pour faire une étude sur ce sujet, il serait important d'utiliser strictement la même demande avec la même pression dans l'un et l'autre système et de ne pas arrêter la pression qui demande quand on donne une récompense pour tester le renforcement . En effet, effectuer une pression sur la longe, arrêter la pression quand le cheval recule et lui donner une friandise après comporte bien un renforcement négatif lors de la bonne réponse du cheval. Il serait certainement bien de changer le nom "négatif" qui entraine des confusions et induit pas mal de gens en erreur. Et comme on l'a vu, les scientifiques eux même sont parfois confus et pas assez formés sur le sujet, ce qui les pousse là encore à affirmer et vouloir prouver des choses inexactes. 

En ce qui concerne les tests de personnalité dont j'avais parlé sur ma page facebook Lydie K ThinK dressage, si la théorie était très intéressante, expliquant que des tests étaient effectués sur différents axes (comportement face à un objet nouveau, réactivité face à un être humain, distance de fuite, esprit grégaire et sensibilité tactile) la pratique n'a pas réellement été à la hauteur. Chevaux tenus en licol plat avec un bout coupé de longe à longer par des gens assez peu expérimentés qui n'étaient pas en sécurité lors du test de fuite (consistant à ouvrir très brutalement un parapluie devant le nez d'un cheval et regarder s'il arrache ou non la main du cavalier (j'exagère à peine...) lecheval n'arrachait pas la main du cavalier, il reculait brutalement seulement, ou se jetait sur le côté, sur la personne qui le tenait ou non. En fait ces tests ne permettent pas selon moi de déterminer le caractère réel d'un cheval mais son éducation en main, son rapport de confiance avec l'homme. Ces tests seraient bien plus intéressants en liberté je pense. 

Enfin voilà. J'ai découvert un monde de gens qui aimaient les chevaux, mais pour certains étaient déconnectés de la réalité, parfois très extrémistes, manquant souvent d'expérience réelle de terrain. Il me semble donc vraiment indispensable que les études soient réalisées en constituant des équipes de travail plus variées, qui intègrent des gens de terrain qui vivent au quotidien avec les chevaux, mais aussi au moins une personne qui n'a pas les mêmes conviction et qui serve de garde fou. Je ne suis pas sûre que tout le monde accepterait de mettre ses idées en danger ainsi. 

Je garde donc une idée assez mitigée de cette conférence. Elle a pour moi en grande partie décrédibilisé la science à mes yeux, et je comprends comment on peut faire dire n'importe quoi à une étude scientifique, ce qui me rendra encore plus prudente dans ce que j'entends et lis. J'en reviens toujours au même, aucune conclusion hative, aucune certitude sans avoir réellement examiné un sujet sous TOUT ses angles, même ceux qui ne nous arrangent pas. Malheureusement, tout le monde n'est pas capable d'avoir une réelle objectivité, et les cientifiques ne font pas exception à la règle.