Questionnements

Voici la réponse (tardive, planning chargé oblige) à un post sur facebook, une discussion ouverte, où les questionnements étaient si nobreux qu'il fallait prendre le temps de répondre correctement et non à la va vite en 3 mots.
 
Magali Laurent Bastide je suis d'accord sur cela ;(1)  je vois bien aussi ce qui est recherché actuellement en dressage ; entre les deux extrèmes (chevaux rassemblés qui ont du mal à faire de vrais allongements) (chevaux avec beaucoup d'amplitude mais qui ne savent plus correctement se rassembler), je trouve qu'on peut arriver à une moyenne correcte sans porter atteinte à l'intégrité du cheval. (2) Les chevaux élevés actuellement ont : force dans le dos, amplitude et équilibre sur les hanches ; le mental est sans doute souvent un peu le point faible. Pour ma part, avec ma pauvre boulette de 156 cm et pas du tout faite en équilibre, allure et morphologie pour le dressage, je me rends compte qu'à mon petit niveau, j'arrive enfin à la mettre sur les hanches et à lui faire avoir de plus en plus d'amplitude et de geste. (3) Là où je m'interroge, c'est pourquoi et comment, avec des chevaux déjà dans un équilibre fantastique, une belle locomotion et un beau physique, avec des cavaliers de haut niveau, il faut en passer par des choses si peu catholiques qu'on en arrive à ces discussions !? Où est le problème ? Quand à l'intégrité physique, elle me tient à coeur, ayant une boulette de 15 ans, naviculaire depuis ses 4 ans, qui continue de travailler quotidiennement 1 h minimum chaque jour en dressage sans aucune ferrure particulière hormis un relevé de pinces..... Combien d'autres dans son genre seraient encore d'aplombs sans infiltration, ferrure à l'envers, voire plus..... (4) Oui, l'intégrité physique est primordiale et je me demande si elle l'est pour tous ? Totilas est à la ramasse, Blue Matinée n'est plus, d'autres noms connus sont encore là à 19 ans, certes, mais il faut voir aussi les soins prodigués, les produits injectés, les ferrures à l'envers, et pour tous ceux là, combien disparaissent du circuit, fusillés avant l'heure ? Et là, je ne parle qu'en dressage bien sûr. Alors certes, on n'a pas toutes les cartes en main pour savoir et on ne peut pas comparer une machine de guerre comme Totilas avec d'autres chevaux moins forts et moins doués, mais on peut tout de même se rendre compte de choses qui ne vont pas ! (5) des trots allongés ou les diagonaux ne sont plus ensemble, des piaffers sur le pif, croupe haute antérieurs dessous, (6) des jambes de cavaliers qui tambourinent sans cesse, si tout cela (et ce ne sont que des exemples parmi bien d'autres) n'est pas visible... (7) Et si il faut calculer le poids ou la résistance dans les rênes pour différencier un rollkur d'un bas et rond....(8)  A mes yeux, le résultat est le même ! des postérieurs qui s'engagent fort sans améliorer l'équilibre du cheval (ça va avec des chevaux déjà élevés et sélectionnés pour avoir ces aptitudes) ou bien des postérieurs qui poussent sans s'engager sur les moins doués... résultat final, des chevaux qui poussent aussi fort qu'ils peuvent et qui ne se rassemblent plus correctement. Je comprends qu'on ait une vision différente, je ne comprends pas certaines autres choses émoticône wink

1 - Oui bien sûr, On peut arriver à une moyenne correcte sans porter atteinte à l'intégrité du cheval, et c'est ce qui est recherché par tout le monde, autant dans l'achat d'un jeune cheval que dans les jugements en compétition. Je propose souvent aux gens qui critiquent les notations d'aller passer quelques journées en tant que secrétaires dans les cabanes de juge des niveaux incriminés. ça permet de voir et comprendre réellement ce qui est recherché et ce qui est sanctionné, et en général les gens se rendent comptent que les juges recherchent une équitation dynamique,avec des aides les plus soft possible, de la fluidité, de la légèreté, et portent une grande attention à la bouche et à la décontraction. Même si la note finale peut parfois sembler surprenante, quand on est dans la cabine et qu'on voit le note par note en ayant accès aux explications sur les observables, on comprend mieux les jugements. Beaucoup de gens confondent parfois équilibre et décontraction par exemple, et pensent que si les rênes sont détendues c'est que le cheval est décontracté, ce qui est totalement faux. Il en est de même par rapport au rythme demandé pour le rassemblé, et quand on est dans la cabine on se rend compte parfois que si on apprécie dans le rassembler des chevaux un peu ouverts avec un rythme plus lent, et que ça amène de fait une certaine légèreté, ils vont multiplier les fautes par la suite par manque de propulsion. Le dosage de la propulsion est une équation délicate à laquelle fait face tout cavalier. S'il en manque ou s'il y en a trop, difficile de gérer l'expression, le vrai rassembler, le vrai équilibre, la fluidité... Lescavaliers maintenant arrivent souvent à décontracter en augmentant la propulsion, mais ça reste un challenge de tous les instants, un exercice en permanence sur le fil du rasoir. On sait bien quand on sort en concours que pas assez "réactif" ou "trop de gaz" est vraiment le problème principal que l'on cherche à contrôler, et sur lequel on peut avoir des surprises jusqu'à la dernière seconde.

2 - Oui, le mental est souvent le point faible de beaucoup de chevaux de sport, parce qu'ils sont selectionnés pour être expressifs et avoir un maximum d'énergie. Et qui dit énergie dit réactions rapides, sensibilité, réactivité, ce qui rend beaucoup de chevaux particulièrement délicats à monter. Il faut avoir travaillé quelques jeunes Allemands ou Hollandais pour comprendre que c'est bien moins simple qu'il n'y parait et que les allures aériennes impliquent une équitation très précise sous peine de se retrouver avec un cheval rétif voir dangereux. D'autre part, les chevaux n'ont que très très rarement toutes les qualités réunies (c'est comme les gens) et untel qui a beaucoup d'équilibre manquera de force dans le dos pendant qu'un autre qui a un dos fort a des soucis d'équilibre ou de rapidité des jarrets par exemple. Quand on voit un cheval monté par un bon cavalier, on ne peut absolument pas imaginer ce que serait ce cheval monté par un cavalier moins confirmé.Quand on a un de ces chevaux à monter, on se rend mieux compte de leurs points forts et de leurs faiblesses. Mon entraineur en Hollande, qui a une immense expérience de très très nombreux chevaux en tant que cavalier et entraineur explique souvent que la majorité des cavaliers propriétaires considèrent que leur cheval est particulièrement compliqué par rapport à ceux des autres. En réalité, dit elle, tous les chevaux sont compliqués. Les problèmes rencontrés sont justes différents d'un cheval à un autre et demandent une adaptation de la technique permanente. Ainsi, ce qu'on semble acquis et compris avec un cheval peut sembler totalement remis en question avec un autre.

Il en est de même sur ce que l'on considère comme sûr au niveau de notre coup d'oeil. Tout ce qu'on demande à un cheval est question de dosage et de nuance, tout le monde est d'accord là dessus, et tout ce que l'on demande peut avoir des revers. Par exemple, plus on ouvre l'angle tête encolure plus on risque d'entamer un schéma d'extension du dos, donc dos qui se fige et se creuse, plus l'encolure est décontractée, notamment au niveau angle tête encolure, plus le dos est décontracté et mobile. Quand on relève la base d'encolure on améliore l'équilibre et la possibilité de fléchir le bassin mais le dos (et en particulier le rein) est moins mobile. Quand on cherche une encolure très décontractée, relâchée comme "molle" on améliore la mobilité du dos mais le cheval peut passer derrière la main et derrière les jambes. Quand le cheval augmente sa propulsion il peut perdre de la flexibilité des jarrets. il prend de l'amplitude mais peut perdre de l'équilibre et se durcir. Quand on augmente la flexibilité des jarrets on augmente l'équilibre et on peut perdre de la connexion entre l'arrière main et l'avant main.

Selon sa culture équestre, l'orientation choisie par son entraineur, un cavalier sera plus sensibilisé sur tel ou tel aspect technique mais en oubliera invariablement d'autres.

 3-4 Quand aux choses "pas catholiques" tout est question d'éducation et oui, en fait, un peu de religion... 

Le bas et rond ou LDR existe depuis les années 1970 au moins, et n'est incriminé que depuis peu de temps (voir lien). Les chevaux qui ont "duré" le plus de temps à haut niveau ont en général travaillé bas et rond comme travail de base, et cette attitude est considérée conservatrice d'un bon fonctionnement du dos dans de nombreux pays. Ici, les gens sont en général "briffés" à considérer qu'une attitude est bonne et une autre mauvaise sans plus de discernement. Le problème n'est pas si simple, et il ne faut pas croire qu'avec l'une ou l'autre des attitudes les chevaux restent en bonne santé physique et mentale plus ou moins longtemps. Des chevaux comme Matinée ou Totilas ont été "fusillés", je suis tout à fait d'accord avec ça, mais je pense très sincèrement que ce n'est pas pour une attitude mais pour la pression exercée devant et derrière en même temps qui sollicite de façon exagérée les articulations en faisant "buter" les jarrets, les rotules et tout le dos contre une main pas assez permissive. J'ai eu ce souci avec 1 ou 2 poneys quand j'étais jeune monitrice, il y a des années, je leur mettais des rênes fixes pour qu'ils n'arrachent pas les rênes aux jeunes enfants, ils n'avaient jamais le chanfrein en arrière de la verticale, et pourtant j'ai constaté 2 fois des problèmes locomoteurs très vraisemblablement dus à la butée dans l'enrênement, indépendante de l'attitude qui n'avait rien de choquant. Quand on travaille correctement bas et rond, les chevaux amortissent les différences de propulsion dans la rondeur et protègent leurs articulations en ne butant jamais contre le mors. Dans le ldr correctement monté il y a un contact mais pas de poids, et si le cheval aumente sa propulsion et vousse son rein, il sera plus bas et plus rond devant mais ne deviendra pas rigide. Quand on achète un cheval débourré en Espagne, on fait particulièrement attention à l'examen clinique des jarrets, tant il y a de chevaux qui ont déjà des problèmes à 4 ou 5 ans, alors même qu'ils n'ont jamais travaillé en rollkur. Le respect du cheval, son intégrité physique ne se fonde pas sur l'attitude, mais sur les pressions exercées, parfois difficiles à observer, le rythme du travail au regard de la croissance... En fait on peut avoir un cheval en bonne santé quelque soit l'attitude dans laquelle on le travaille, et on peut abimer un cheval quelque soit l'attitude dans laquelle on le travaille. On voit dailleurs beaucoup de chevaux abimés dans leur locomotion chez les particuliers qui veulent bien faire. Quand aux soins prodigués ou aux moyens artificiels pour maintenir les chevaux en compétition jusqu'à 19 ans, je m'en tiendrai à ceux que je connais, j'ai suivi plusieurs années la carrière de Sunrise qui a démarré tard en haut niveau parce qu'elle était très compliquée (elle est arrivée à 13 ans chez les Bartels) , elle a ensuite été sur les plus grosses échéances jusqu'à 19 ans, âge auquel elle a été arrêtée avec regrets après un coup donné sur le tendon par un autre cheval, et non pas suite à une usure générale, elle allait au paddock ou au pré tous les jours même en saison de compétition, elle allait en promenade, n'avait pas de bandes ni de ferrures particulière, ni d'infiltrations, ni de produits spéciaux dans ses rations (j'aime accompagner Imke dans les écuries quand elle va nourrir...) et la nuit dormait dans un box avec beaucoup de vis à vis avec les autres chevaux, conçu en quinconce pour respecter l'instinct grégaire et qu'ils se sentent comme en troupeau tout en étant en sécurité. Et ce n'est pas un cas particulier, les chevaux de sport vivent globalement une vie plus saine et plus normale pour un cheval maintenant qu'il y a 20 ans. Les lâcher, dans la plupart des écuries est une normalité et plus une hérésie.

5 - En ce qui concerne le trot allongé, j'ai déjà écrit et fait des vidéos à ce sujet, si elles ne sont pas claires je pourrai rajouter des explications. Le trot allongé 1 vidéo vs photo et le trot allongé partie 2  . Il est intéressant d'observer que Philippe Karl lui même, qui a très largement contribué à lancer cette mode de critique systématique, lors de ses dernières représentations, obtient un trot moyen (pas encore un trot allongé) qui présente toutes les caractéristiques qu'il critique lui même, dès que ses chevaux ont un minimum d'énergie, d'équilibre et de fonctionnement de dos. Le trot allongé comme il le décrit dans l'idéal, mais pas tel qu'il le montre, est en fait une extension de la foulée, telle qu'on peut la demander dans la reprise "children" ou au tout début des jeunes chevaux, où le cheval garde un équilibre horizontal et allonge son cadre, partant d'un trot de travail et non d'un trot rassemblé. Il y a, en étant en peu caricatural, autant de différences entre cette extension de la foulée et un vrai trot allongé, qu'entre une cession à la jambe et un vrai appuyer. Il en est de même pour le problème du piaffer pour lequel je n'ai pas encore fait de sujet. Le piaffer idéal, celui où le cheval est réellement en équilibre, nuque point le plus haut, hanches actives et flexibles, épaules libérées... Est il possible pour tous les chevaux sans contraction du dos ? Les cavaliers qui demandent le piaffer avec un cheval trop bas et trop rond, antérieurs trop en dessous cherchent une meilleure flexibilité du rein, enlever le poids des postérieurs pour les rendre plus libres et permettre aux chevaux de bouger plus facilement sans prendre l'habitude de se "cambrer". Bien sûr, s'ils présentent ce piaffer de travail en compétition ils n'auront pas une bonne note. S'ils considèrent que leur cheval a besoin de ça pour l'intégrité de son dos ont ils tort ? serait il préférable qu'ils le remette à tout prix sur les hanches même si le dos est figé ? Chacun a le droit d'avoir son opinion là dessus.

6 -  là aussi, attention, pas de généralités, certains cavaliers "tambourinent" et ne cherchent pas à faire autrement, ils n'en ont même pas conscience, et ça ne dépend pas du type d'équitation qu'ils ont choisi, d'autres essayent avec acharnement de ne pas le faire, de contrôler leurs actions, mais dans le stress de la compétition se crispent et montent mal avec des actions qui manquent de finesse (je fais malheureusement partie encore de ceux là, on a conscience de ses erreurs, mais difficile de les régler, surtout si le stress rentre en jeu) d'autres, comme dans ce sujet sur les aides d'Edward Gal mais c'est vrai aussi pour Charlotte Dujardin et pas mal d'autres, maitrisent remarquablement le centrage de leur corps, le dosage de leurs actions et l'effet différencié de leurs aides pour arriver à ne plus avoir ce que l'on appelle les "bruits" tous ces parasites qui brouillent la communication fine et fluide avec le cheval.

7 La distinction ne se fait pas uniquement au poids des rênes qui ne se voit pas, mais aussi à la façon dont sont gonflés ou non les muscles de l'encolure. Le mastoïdo huméral par exemple ne devrait pas être gonflé (début de gorge de pigeon) que le cheval soit bas et rond ou en attitude de présentation. S'il est bloqué par la main du cavalier il résistera et gonflera ce muscle que le cavalier le veuille ou pas. Le rein ne devrait pas présenter un creux derrière la selle, si ce creux est présent on peut soupçonner là aussi un manque de schéma de flexion dans le dos, une extension, même si le cheval parait rond devant, et un manque de connexion entre arrière et avant main. Les muscles de la partie supérieure de l'encolure devraient se prolonger jusqu'au garrot, ce qui est rarement le cas quand je monte sur des chevaux qui n'ont pourtant jamais fait de ldr , ils montrent la juste liaison entre l'arrière et l'avant main et l'encolure qui sort naturellement sans être emboutie avec un cheval qui se porte de lui même.Ce sont quelques exemples d'observables de fonctionnement applicables quelque soit l'attitude mais la liste n'est pas exaustive.

8 - Ce qui serait bien ce serait de me transmettre des liens de vidéos avec ces problèmes là, parce que c'est intéressant, et je recherche souvent des vidéos avec des problèmes d'incohérence entre derrière et devant pour faire travailler l'oeil de mes élèves ou stagiaires en théorie.